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Malgré des restaurations successives,
elle a pu conserver l'essentiel de sa structure du XVIème
siècle. Elle est tout à fait classique avec
sa nef principale et ses deux bas côtés, voûtés
d'ogives. Mais ici, l'élément le plus surprenant,
le plus inhabituel, le lus extraordinaire est le maître-autel
retable baroque qui n'est pas comme souvent, adossé
à un tableau mais surmonté d'un immense tabernacle
à degrés qui se développe quasiment jusqu'au
faîte du retable dont il en dissimule en grande partie
les nuées, nuages et angelots. On y retrouve bien sûr
la thématique ordinaire des décors du mobilier
religieux : têtes d'angelots, rinceaux de feuillages,
pampres de vigne, épis de blé
enrichis
d'éléments tirés de l'art gréco-romain,
colonnes torses, denticules
Dans la partie centrale, sur la porte du tabernacle
tournant, une représentation, elle aussi classique
dans le décor religieux : le christ en croix qui domine
Jérusalem, représentée au second plan.
De chaque côté, les quatre évangélistes
accompagnés de leurs attributs : Saint-Mathieu et l'ange,
Saint-Marc et le lion, Saint-Jean et l'aigle. En haut la vierge
et Saint-Antoine. Tout au-dessus, à droite et à
gauche, des reliquaires à trois niveaux. Et dans la
partie sommitale du retable on peut apercevoir derrière
le tabernacle, le paradis symbolisé par des nuées,
des têtes d'angelots et la colombe du saint-Esprit dans
les rayons éclatant du Père Eternel.
Un petit mot du baroque. Cette forme artistique
qui caractérise le XVII et le XVIIIème siècle.
Né en Italie sous l'influence des Jésuites,
le baroque s'est développé un peu partout, y
compris dans les églises du haut Doubs qui l'ont adopté
pour le décor et le renouveau du mobilier religieux
et qui l'ont adapté au caractère sévère
des montagnons. Le baroque est un art du théâtre.
Il fallait à l'époque lutter contre la réforme
protestante qui prônait un retour à l'austérité
et à la pauvreté y compris dans l'ornementation
et l'architecture des lieux de culte donc des églises.
Ce discours séduisait beaucoup de fidèles et
l'Eglise Catholique se devait de réagir pour enrayer
les départs. Elle a donc adopté, le parti inverse,
pariant sur une débauche de décors, d'or et
de couleurs, de nuages, d 'angelots. C'était la préfiguration
du Paradis que l'Eglise voulait ainsi offrir aux fidèles
en leur montrant qu'après une vie terrestre difficile,
souvent dramatique que les guerres, l'insécurité,
les invasions, les incendies, la mortalité infantile
et les épidémies fragilisait encore, le Paradis
les attendait. Et quel Paradis !
Toute cette représentation onirique du paradis était
attrayante. Elle cachait e réalité la hantise
de la mort, de cette mort terriblement présente au
quotidien de cette époque, et l'art baroque, théâtral,
monumental, art de la couleur parfois jusqu'à l'outrance,
art du mouvement, parfois jusqu'au tourbillon, se voulait
un art du divertissement pour que les fidèles puissent
supporter leur quotidien en attendant un paradis de rêves
et d'éternité.
On peut aussi rappeler ici les fantastiques
décors qui accompagnaient les messes d'obsèques
des grands du royaume ainsi que le grand nombre de requiems,
souvent plus riches et colorés que profondes, composées
à cette époque.
Dans le bas-côté à droite, sur l'autel
retable latéral, une statue de Saint-Antoine avec sa
clochette et le tau. A ses pieds, un coffret reliquaire, probablement
utilisé pour le transport de reliques en procession.
A sa droite, une sculpture de Saint-Joseph, dans la plus pure
tradition de l'art dit de saint-Suplice. Dans la verrière
qui éclaire cet endroit, un vitrail avec une représentation
de Saint-antoine, avec cette fois son cochon.
Fort heureusement vous avez pu ou su garder ici les statues
saint-sulpiciennes, ces plâtres qui, avec la réforme
Liturgique des années 1970 ont malheureusement pris
le chemin des antiquaires dans le meilleur des cas, de la
casse dans le pire et le plus fréquent des cas !
Jeanne d'Arc, Saint-Georges terrassant le dragon, le Sacré-Cur
de Jésus, la vierge, un chemin de Croix en gravure
Non que cela soient des uvres extraordinaires, mais
elles sont représentatives d'une époque. Elles
sont le témoignage d'un goût, d'une forme de
dévotion et de la foi des fidèles d'alors.
Ce qui est, a mon sens, largement suffisants pour les conserver.
Sur l'autel retable du bas coté gauche, une Vierge
debout sur une moitié de globe terrestre terrassant
le mal universel symbolisé par le serpent, représentation
classique du XIXème siècle.
Imaginons, oui imaginons cette église Saint-Antoine,
superbe je me répète, si symptomatique du baroque
du haut Doubs, de ce baroque assagi - pas trop de couleurs,
peu de mouvements- imaginons cette église avec un éclairage
adapté associé à une uvre musicale
de l'époque : ce serait déjà le Paradis
! "
Propos recueillis par Christine Joosteens-Egret
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